
En France, beaucoup de personnes se souviennent du massacre de Tulle (Corrèze), le 9 juin 1944, 99 civils, des hommes, sont pendus aux arbres, réverbères et balcons de la ville.
Personne, également, n'a oublié, la destruction d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), le 10 juin 1944, par la 2ème division SS Das Reich (642 victimes). Mais qui sait ce qui est
arrivé au village de Maillé, en Indre-et-Loire, le 25 août 1944 ?
Ce jour là, tandis que Paris était libéré, le village de Maillé était victime d'un massacre organisé et sans limite de la part de l'armée allemande en représailles d'actions de la résistance. Ce
massacre a coûté la vie à 124 habitants de Maillé, pour la plupart des femme et des enfants.
Même l'histoire a oublié le crime, dans ce creux de vallon de Touraine. Historiens, manuels scolaires, sont peu nombreux à rappeler que dans la hiérarchie macabre des crimes de guerre en France,
Maillé et le deuxième épisode le plus sanglant de la seconde guerre mondiale après Oradour-sur-Glane. Qui a tué ce jour-là ? A Oradour-sur-Glane, à Tulle, malgré des procès imparfaits, des
coupables ont été identifiés. Jamais à Maillé.
Dans la matinée du vendredi 25 août 1944, des militaires allemands d'une division SS encerclaient le village et fusillaient toutes les personnes civiles qu'ils trouvaient au fur et à mesure de
leur progression. Toute personne aperçue était traquée et assassinée. Ensuite, les bâtiments étaient incendiés. Ce massacre a duré toute la matinée. Dans l'après-midi et jusque tard dans la
soirée, l'artillerie bombardait le village (80 obus sont alors tirés sur la soixantaine de maisons qui composent le village), achevant de le détruire.
Le sous-lieutenant, Gustav Schlueter, commandant le gîte d'étape de Saint-Maure, a été reconnu coupable du massacre, il a été condamné à mort par contumace en 1952 par le tribunal militaire de
Bordeaux. N'ayant pu être retrouvé, il n'a jamais été exécuté. On ne connaît pas le nom de cette division SS.
Ici, contrairement à Oradour-sur-Glane, Maillé ne s'est pas figé dans le souvenir. Le village a été totalement reconstruit à la fin des années 40. Une cérémonie de commémoration a lieu tous les
ans, le 25 août. Maillé a voulu créer un musée, une Maison du Souvenir" qui a vu le jour en 2006.
En France, les crimes de guerre sont prescrits au bout de dix ans (un projet de loi prévoit d'allonger cette durée à trente ans après les faits), en Allemagne ils sont imprescriptibles. Le simple
"soupçon" permet de se saisir d'un dossier. C'est grâce à cette disposition juridique qu'en 2005 le procureur Ulrich Mass, spécialiste dans la traque des crimes nazis, a pu rouvrir le
dossier Maillé, ouvert une première fois en 1990, quand l'accès aux archives de l'Onu fut possible, puis clos sur un non-lieu un an plus tard.
Le procureur général Ulrich Mass, du parquet de Dortmund, accompagné de deux enquêteurs, doit se rendre à Maillé le 15 juillet pour une reconnaissance des lieux. Une procédure exceptionnelle en
France. En attendant, c'est la brigade de gendarmerie locale qui mène l'enquête sur le terrain pour le compte de la justice allemande. Depuis 2005, les gendarmes ont recueilli le témoignage de 58
personnes. Pour déterminer les unités présentes le 25 août 1944, il faut identifier les uniformes que portaient les soldats.Étaient-ils en noir avec des bottes comme les SS ? Ou en vert comme la
Wehrmacht, l'armée allemande régulière ? Avaient-ils des insignes particuliers ? A ces multiples questions, la plupart des rescapés, souvent enfants à l'époque du rame, ont du mal à répondre.
Les archives à disposition ont les mêmes lacunes. Parmi les unités qui ont pu passer dans la région ces jours d'août, en pleine retraite allemande, aucune ne mentionne le village de Maillé sur
son journal de marche. L'hypothèse de plus en plus envisagée par les historiens est qu'en réalité, à Maillé, comme en d'autres lieux, Wehrmacht et SS ont fait les basses oeuvres ensemble.
Des enfants devant la plaque commémorative
Mémorial du cimetière
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