Mercredi 16 juillet 2008


La deuxième Panzerdivision SS Das Reich faisait partie des 38 divisions de Waffen-SS qui furent créées durant la Seconde Guerre mondiale. En 1944, elle était sous le commandement du SS-Brigade-führer (général de brigade) Heinz Lammerling. Elle se trouvait stationnée dans le sud-ouest de la France, et plus précisément, dans la région de Montauban, afin de se reconstituer après les lourdes pertes qu'elle venait de subir lors de la bataille de Koursk sur le front de l'Est. Là, de son QG de Montauban, elle se signale par des opérations au sud de la Garonne, contre la Résistance.

Le 7 juin 1944, lendemain du débarquement alliés sur les côtes normandes, le maréchal Von Rundstedt, ordonne à la deuxième division Das Reich de se porter en Normandie avec comme axe principal de marche la RN 20. En fait, originellement, depuis son installation en France, et face à la faiblesse des autorités de Vichy, la division Das Reich a d'abord pour mission d'aider à la lutte contre le "terrorisme". Au début de 1943, les Allemands pensaient n'avoir à faire qu'à de petits rassemblements isolés d'extrémistes dont la police française pouvait avoir facilement raison. La Gendarmerie et les GMR se montrant souvent les alliés des maquisards en les avertissant des opérations auxquelles ils devaient participer, la Milice fut substituée à la police, mais se montra incapable de réduire la révolte. La Wehrmacht s'y impliqua sans plus de succès. Aussi, la Waffen-SS reçut l'ordre exprès de combattre les "bandes", ce qui explique les détours que firent certains bataillons de Das Reich. Même si elle a été harcelée (Noailles, Bretenoux, Beaulieu), elle n'a pas été ralenti au cours de sa marche forcée vers le front et poussée de ce fait aux représailles. Ses exactions sont donc bien délibérées.

A ce moment, Das Reich n'est plus l'incomparable formation des années antérieures. Après les combats de Russie, de nombreux éléments venus d'autres corps de troupes avaient été incorporés à la division pour compléter ses effectifs. Dans certaines unités de tout jeunes Luxembourgeois, Alsaciens et Lorrains (les "enrôlés malgré-nous") étaient en majorité.

L'ordre de marche prescrit que la division avancera en trois groupements distincts séparés l'un de l'autre par un vide important. La tête de la colonne devancera l'arrière-garde de 80 km.

En remontant vers les plages du débarquement, elle tracera une route sanglante qui passera par Caussade, Montpezat-de-Quercy. Arrivée à Cahors, un bataillon se dirige vers Figeac, Bretenoux, Beaulieu, passe par le hameau des Quatres-Routes (qui sera entièrement incendié) sur la commune d'Albussac et arrive à Tulle après la pendaison de 99 Tullistes du 9 juin. Il retrouve le gros de la troupe à Brive. Cette dernière a continué son chemin en empruntant la RN 20 passant par Souillac et Cressensac puis, arrive à Brive.

A Brive, le 8 juin, le gros de la division remonte la RN 20 en passant par Uzerche et arrivera à Limoges le 9 juin à 2 heures du matin. Le 3ème Bataillon, lui, emprunte la nationale 89 puis la 140 et après avoir traversé Tulle, remonte sur Seilhac, Treignac, Eymoutiers, Bourganeuf et arrive à Guéret qui est de nouveau entre les mains d'une unité de la Wehrmacht (Guéret avait été libérée "très provisoirement" le 7 juin par les FTP). Il fait demi-tour prend la RN 141 qui passe par Saint-Léonard et rejoint Limoges. Une compagnie du 1er Bataillon se dirige sur Terrasson (y arrive le 9 juin), Périgueux et remonte en direction de Limoges par Thiviers et Châlus. Elle rejoindra le Sturmbannführer (commandant) Dickmann à Saint-Junien où il a établit son poste de commandement.

Le 8 juin dans la soirée (21 heures 30), un détachement de Das Reich se porte au secours de la garnison allemande de Tulle, encerclée dans la Manufacture d'armes. Tulle ayant été "libérée" par les FTP et l'AS vers 16 heures.

Le 9 juin au matin (6 heures), sous les ordres du Stumbannführer Kowatch, la rafle commence, 600 hommes (de 16 à 60 ans) sont conduits à l'intérieur de la Manufacture. En milieu d'après-midi, après un nouveau tri, il est constitué deux groupes de 60 personnes puis, 12 groupes de 10. Pourquoi ce chiffre ? Il y avait eu 40 soldats allemands de tués. Pour chacun d'eux, trois "maquis" devaient être exécutés. Le nombre sera réduit pour tenir compte de l'attitude du préfet qui avait réussi à faire soigner des soldats allemands blessés. Les SS emmènent les otages par groupes de dix, dans le quartier de Souillac. L'exécution commence, 99 hommes sont pendus aux lampadaires ou sous les balcons de la rue du Pont-Neuf.

Le 9 juin à midi, une compagnie commandé par Kahn part pour délivrer le Sturmbannführer Kempfe, commandant le 3ème Bataillon, qui a été capturé par des "terroristes". Dickmann, qui est persuadé qu'il est toujours dans la région d'Oradour, se joint à cette compagnie. Ce n'est que dans la nuit suivante (nuit du 10 au 11 juin) que Dickmann revient à Limoges. Il commence à faire un récit édulcoré du massacre dont il est l'auteur.

Ce 10 juin, aux environs de 14 heures, une compagnie SS investit Oradour-sur-Glane, village de la Haute-Vienne, en quelques heures le village est systématiquement détruit, pillé, incendié et une bonne partie de la population est massacrée (642 tués). Oradour-sur-Glane est devenu "Bourg martyr". Dickmann sera tué lors des premiers engagements de Das Reich sur le front de Normandie.

Le 10 juin, deuxième expédition punitive par un détachement de la division contre Terrasson. Elle a été déclenchée, sans nul doute, par le chef de la Milice de Terrasson. Les résistants avaient été trop précisément, désignés aux autorités allemandes pour que ce ne fût pas l'oeuvre d'un Terrassonnais. A 16 heures, les Allemands investissent la commune. Toute la population est rassemblée sur la place du village (1000 , 1500 personnes). Un résistant blessé est pendu au balcon d'une maison, quatre personnes sont tuées. L'incendie de la mairie causé par la chute d'un obus, se propage aux maisons avoisinantes. Tout le vieux Terrasson commence à brûler. Le 11, les Allemands quittent la commune.

Le 11 juin, un train blindé allemand arrive en gare de Mussidan (située au sud-est de Périgueux, sur la RN 89). Les maquisards l'attaquent et, après une lutte farouche, s'en emparent non sans en avoir tué la plupart de ses occupants (une cinquantaine). Une colonne de la division Das Reich avec des éléments de la "Phalange africaine" de Bony-Lafont stationnés à Périgueux occupe la ville. 300 personnes sont raflées. 52 otages sont retenus et fusillés.

Ce même 11 juin, à partir de Limoges, un bataillon remonte la RN 20 et se dirige vers Châteauroux (ou il sera bombardé par la RAF) en passant par Argenton-sur-Creuse.

Tout au long de sa route, la division subira des attaques sporadiques de la part des résistants locaux, ce qui entraînera des représailles contre la population civile des village traversés.

Délaissant la RN 20, le gros de la division emprunte la RN 147 qui passe par Nieul (point supposé de jonction des différents bataillons), Bellac, Angoulême, Poitiers (ou il sera bombardé par la RAF). A partir de Poitiers, il remonte par la D 910, passe Jaunay-Clan et Châtellerault. Peut-on supposer qu'à la sortie de Châtellerault, un bataillon emprunte, à droite, la D 725 jusqu'à Lésigny puis remonte par la D 750, passe à La Guerche, Saint-Remy-sur-Creuse, Descartes et fasse jonction avec le gros de la troupe sur la D 910 ? Nous sommes, alors, tout près de Maillé.

Le 23 juin 1944, à l'aube, la Guerche (village situé à 64 km au sud de Tours) fut cernée par des SS, les maisons fouillées, 80 hommes pris en otages et entassés dans une cour sous la menace d'une mitrailleuse. La veille, des résistants avaient tiré sur des soldats allemands à proximité du village, et le commandant SS manifestait l'intention de fusiller des otages. Le maire du village, Etienne de Crouy-Chanel était diplomate de métier et parlait couramment l'allemand. Pendant toute la matinée, il parlementa avec le commandant SS, lui assurant qu'il n'existait pas de résistant au village, qu'il répondait personnellement des personnes arrêtées, et se proposa à les remplacer comme otage. En fin de matinée, les otages furent relâchés progressivement, et il n'y eu finalement pas de victime. Ces SS faisaient partie de la division Das Reich. Située plus au nord, la commune de Maillé ne connaîtra pas un sort aussi favorable et les conséquences du passage des SS, le 25 juin, furent dramatiques.

Fin juin, la deuxième division blindée SS Das Reich arrive au sud-ouest de Caen.

Le 13 août 1944, au cours de leur repli après la bataille de Normandie, des SS de la division Das Reich se sont rendus coupables du massacre de 18 personnes à Tourouvre (Orne) et de l'incendie d'une partie de la ville.

Le 25 août 1944, au matin, une colonne allemande pénètre dans le village de Maillé (40 km au sud de Tours) massacre tout sur son passage, puis bloque les accès au village. Maison par maison pièce par pièce, les soldats traquent les civils, les tuent, jettent des grenades dans les caves. Les nourrissons sont abattus, comme le bétail et les animaux domestiques. Le massacre dure toute la matinée. Le sous-lieutenant Gustav Schlueter, commandant le gîte d'étape de Saint-Maure, a été reconnu coupable du massacre. Il a été condamné à mort par contumace en 1952. N'ayant pu être retrouvé, il n'a jamais été exécuté. Sur les 600 habitants du bourg et de ses alentours, 124 perdent la vie (voir l'article "Enquête sur un crime de guerre oublié" consacré au drame qui se déroula à Maillé).


Retirée derrière la Seine puis la ligne Siegfried en Allemagne, elle participe à la Bataille des Ardennes, elle sera dirigée vers Anvers le 16 décembre 1944. A 40 kilomètres de la Meuse, elle est arrêtée, le 25 décembre, à Manhay et lentement broyée par de féroces contre-attaques alliées.

Début février 1945, après avoir été rééquipée, la division Das Reich participe à la dernière offensive allemande de la guerre, en Hongrie, qui, à cette date reste le seul satellite du Troisième Reich, pour tenter de briser le siège de Budapest par l'armée rouge. Ce sera un échec. Elle se replie successivement sur Dresde puis Prague et enfin, Vienne.

Mai 1945, elle se rend aux Américains.

La deuxième Panzerdivision Das Reich était considérée par le régime nazi comme une unité d'élite. Cette réputation fut irréparablement marquée par les massacres de très nombreux civils qui émaillent son parcours sanglant.

Il n'était pas possible, dans un si court exposé, de mentionner toutes les atrocités auxquelles se livrèrent les Waffen-SS de la 2ème division Das Reich sur la population civile lors de sa progression dans le sud-ouest de la France et sur les routes qui la conduisaient vers les plages de Normandie et, par la suite, à l'occasion de sa retraite vers l'Allemagne. Cette liste, malheureusement n'est donc pas exhaustive ! Elle permet, cependant, de se faire une idée précise sur ce que subirent des populations désarmées face à cette puissante machine de guerre.




 

Par PAPOUNET - Publié dans : histoire - Communauté : Creuse en Limousin
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