Au Canada, il y a deux siècles, les peuples de la province d'Alberta utilisaient les sables bitumineux pour assurer l'étanchéité de leur canoës. Aujourd'hui, ces mêmes sables sont en passe de
devenir l'une des plus grandes sources de production de pétrole brut de synthèse au monde.
Répartis sur 80 000 km2 (deux fois la Suisse), ces sables d'Alberta recèleraient de 174 à 250 milliards de barils de pétrole, soit le tiers des réserves connues de pétrole de la planète. Ils
arrivent au deuxième rang juste derrière les réserves de pétrole de l'Arabie Saoudite. Ces sables imprégnés de pétrole, que d'anciennes mers ont laissés derrière elles, se retrouvent
principalement dans trois régions : Peace River, Cold Lake et Athabasca. Le gisement de l'Athabasca, le plus vaste et le moins profond, se trouve dans la région de Fort McMurray et fait l'objet
d'une exploitation à grande échelle.
Exploiter les sables bitumineux coûte cher, il faut extraire deux tonnes de sables bitumineux afin d'obtenir assez de pétrole pour remplir un baril. C'est pourquoi l'extraction ne devient
rentable que lorsque le prix mondial du pétrole dépasse les 25 $US.
Mais, leur exploitation risquerait d'effacer du continent américain plus de 160 millions d'oiseaux migrateurs, dont la reproduction se déroule pour l'essentiel dans les forêts boréales
canadiennes. Cette estimation est due à l'écologiste Jeff Wells, du laboratoire d'ornithologie de l'université Cornell (Ithaca, New York). Sous l'égide de l'association Boreal Songbird
Initiative, il a dirigé une étude très argumentée sur l'impact potentiel sur les oiseaux de cette nouvelle ruée vers l'or noir. Le titre de ce rapport résonne comme celui d'un film catastrophe :
"Danger in the Nursery".
Selon les calculs des chercheurs, l'exploitation de 300 000 hectares de forêts, d'ores et déjà prévue par les compagnies pétrolières, détruira l'habitat de 480 000 à 3,6 millions d'oiseaux
adultes. Ce qui, en terme de descendance, signifie une perte de 4,8 à 36 millions de jeunes dans les vingt ans à venir et de 9,6 à 72 millions à l'horizon 2050.
Ceci pour les incidences directes. Or il en existe bien d'autres : appauvrissement des cours d'eau, pollutions des sols, fragmentation des massifs forestiers avoisinants... Et, surtout,
émissions de gaz à effet de serre.
Connaissant la sagesse humaine, il n'y a pas de souci à se faire, le choix sera vite fait avec toutes les conséquences qui en découleront
!!